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Les cartes numériques

Tu sais produire des coordonnées. Il reste à les poser sur une carte. Mais qu'est-ce qu'une carte numérique, au juste ? Et qui la fabrique ?

Une carte n'est pas une image

Une carte papier est un dessin figé : tout y est mélangé, les routes, les noms, le relief, les forêts. Si tu veux la mettre à jour, tu la réimprimes.

Une carte numérique est autre chose : c'est une superposition de couches, chacune contenant un seul type d'information, et qu'on peut allumer ou éteindre indépendamment.

reliefroutesbâtimentsnoms

C'est le principe des couches (ou calques). Chaque couche est une collection de données : la couche « routes » est une table de routes, la couche « bâtiments » une table de bâtiments. Tu reconnais le vocabulaire du chapitre sur les données.

Et c'est ce qui rend une carte numérique si puissante : on ne dessine pas une carte, on choisit ce qu'on veut voir, et le logiciel la dessine à la demande.

GéoPortail

GéoPortail est le portail cartographique officiel français, publié par l'IGN. C'est l'un des plus riches au monde, et il est gratuit.

À faire : explorer les couches

  1. Va sur geoportail.gouv.fr et cherche ton lycée.
  2. Ouvre le menu des couches (ou « fonds de carte »).
  3. Active successivement, et observe ce qui change :
    • la photographie aérienne ;
    • la carte IGN classique ;
    • le relief ;
    • les parcelles cadastrales (les limites de propriété) ;
    • la carte de 1950 ou les photos aériennes anciennes.
  4. Superpose la photo aérienne d'aujourd'hui et celle des années 1950, et fais glisser le curseur de transparence.

Exercice - Ce que révèlent les couches

En comparant la photo aérienne de 1950 et celle d'aujourd'hui autour de ton lycée : qu'est-ce qui a changé ? Le lycée existait-il ?

Correction

Selon les endroits : des champs devenus des lotissements, des routes créées, des zones commerciales apparues, parfois une rivière détournée ou un bois disparu.

Retiens la leçon : une carte n'est pas une photographie neutre du monde, c'est un état daté. Superposer deux couches, c'est mesurer un changement, ce qu'aucune carte papier ne permet.

Le zoom n'est pas continu

Voici une bizarrerie que tu as sûrement remarquée sans y penser : quand tu zoomes sur une carte, l'affichage change d'un coup. Des noms apparaissent, des routes secondaires surgissent, le dessin se réorganise.

C'est normal : une carte numérique n'existe pas à toutes les échelles. Elle est pré-dessinée à un nombre fini de niveaux de zoom (une vingtaine, en général), et chaque niveau est découpé en tuiles, de petites images carrées que ton navigateur télécharge au fur et à mesure.

Zoomer, ce n'est donc pas agrandir : c'est changer de carte.

L'affichage sélectif

À chaque niveau de zoom, le logiciel choisit quoi afficher. À l'échelle d'un pays, il serait absurde de dessiner chaque rue : la carte serait une bouillie noire. On n'affiche donc que les autoroutes et les grandes villes.

Ce tri s'appelle l'affichage sélectif, et c'est un vrai algorithme : que garder, que jeter, à quelle échelle ? Une carte lisible est une carte où l'on a beaucoup enlevé.

OpenStreetMap : la carte que tout le monde fabrique

OpenStreetMap (OSM) est une carte du monde entier, libre et gratuite, construite par des contributeurs bénévoles. C'est le « Wikipédia de la cartographie ».

N'importe qui peut la corriger : un chemin manquant, un commerce fermé, un sens interdit, une rampe d'accès pour fauteuil roulant. Des millions de personnes le font, et l'ensemble est réutilisable par n'importe qui, gratuitement.

Beaucoup d'applications que tu utilises s'appuient sur ces données, souvent sans le dire.

Exercice - Google Maps ou OpenStreetMap ?

Google Maps est fait par une entreprise, OpenStreetMap par des bénévoles. Quels sont les avantages et les risques de chaque approche ?

Correction

Google Maps : très complet, très à jour dans les zones rentables, avec le trafic en temps réel. Mais c'est une carte privée : Google décide de ce qui y figure, tu ne peux pas la corriger, tu ne peux pas la réutiliser librement, et l'entreprise collecte tes déplacements en échange.

OpenStreetMap : libre, corrigeable par tous, réutilisable sans permission, souvent plus précise là où des passionnés sont actifs (chemins de randonnée, accessibilité, petits villages). Mais la qualité est inégale : elle dépend de qui a contribué. Une zone où personne n'habite reste vide.

La vraie différence est là : sur l'une, tu es un consommateur ; sur l'autre, tu peux être un auteur.

À faire : contribuer à OpenStreetMap

Regarde le quartier de ton lycée sur openstreetmap.org. Trouve quelque chose de faux ou de manquant : un commerce fermé, un chemin absent, un nom mal orthographié, un banc, un passage piéton.

Avec l'accord de ton professeur, crée un compte et corrige-le (bouton « Modifier »). Ta correction sera visible par le monde entier en quelques minutes.

Contribuer, c'est engager sa responsabilité

Ce que tu ajoutes sera utilisé par de vraies personnes, parfois pour se déplacer, parfois en secours. On n'ajoute donc que ce qu'on a vérifié soi-même, sur place.

Et surtout : jamais de données personnelles. On cartographie des lieux publics, pas les gens qui y vivent.

Maintenir une carte est un travail sans fin

Le monde change en permanence : une route se crée, un magasin ferme, un sens de circulation s'inverse. Une carte n'est donc jamais terminée, et une carte non entretenue devient dangereuse : elle envoie des gens dans des rues qui n'existent plus.

C'est un problème sérieux pour les secours et les livraisons, et c'est aussi ce qui rend la contribution collaborative si précieuse : des millions d'yeux repèrent les changements plus vite que n'importe quelle entreprise.

Ce qu'on retient

  • Une carte numérique n'est pas une image : c'est une superposition de couches, chacune contenant un type d'information, qu'on peut allumer ou éteindre.
  • GéoPortail (IGN) donne accès à de nombreuses couches : photo aérienne, carte, relief, cadastre, et même des cartes anciennes, qui permettent de mesurer les changements.
  • Le zoom n'est pas continu : la carte est pré-dessinée à un nombre fini de niveaux, découpés en tuiles. À chaque niveau, un algorithme fait de l'affichage sélectif (que montrer, que cacher).
  • OpenStreetMap est une carte libre, construite par des bénévoles, corrigeable et réutilisable par tous. Sa qualité dépend de ses contributeurs.
  • Une carte n'est jamais à jour : la maintenir est un travail permanent.

Et ensuite

Une carte ne sert pas qu'à regarder : elle sert à aller quelque part. Et calculer un itinéraire, tu vas le voir, c'est un problème que tu sais déjà résoudre.